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Jean-Michel Leclerc
Grande fête
Du 1er février au 10 mars 2018
Vernissage le jeudi 1er février 2018 dès 17h30

La pratique de Jean-Michel Leclerc est marquée par une approche intuitive de l’histoire, incarnée dans une démarche d’appropriation et de transformation d’images, documents, archives et faits divers. Dans son travail, l’artiste privilégie des interventions directes et souvent simples, qui détournent les qualités premières des documents extraits de leurs contextes d’origine et leur ajoutent une matérialité, une plasticité qui relève parfois du domaine de la peinture, parfois des arts imprimés. Il subsiste ainsi dans les œuvres une forte prégnance du réel, appuyé par le référent photographique dans les tableaux, malgré que les manipulations de l’artiste contribuent à induire une certaine distanciation. Cet effet est central dans l’exposition Grande fête, où les œuvres agissent à la manière d’effigies.

Ici, l’artiste restitue en galerie les reliques, les restes d’une fête déçue : pique-nique abandonné, carrousel ne tournant plus, masques délaissés par leurs porteurs, colis brisés et sans destinataires, train sans destination. Réalisés avec des matériaux humbles, tels que le bois trouvé, le carton, le papier récupéré et divers débris et salissures, les œuvres sculpturales se montrent comme des simulacres dont les référents semblent appartenir au passé, peut-être aux premières décennies du XXe siècle. L’usage du papier mâché renforce cette impression en rappelant les masques et costumes traditionnels de carnaval, grande fête par excellence, autant que l’usage extensif de cette matière pauvre dans la production industrielle des jouets. En effet, les objets que fabrique l’artiste peuvent susciter cette analogie, puisqu’ils se donnent comme doubles, sortes de «reproductions amoindries d’objets humains (1)» dont l’usage et la fonction sont déterminés par leur rapport au réel. Dans les tableaux, l’effet fantomatique induit par la succession de couches de peinture que l’artiste travaille pour cacher et révéler les images qu’il utilise contribue à la même indécision: les albums sans contenu, les bricolages maladroits et les scènes immobiles nous semblent familiers, à la manière d’un souvenir, mais l’absence de contexte pour les comprendre les condamnent à demeurer anhistoriques.

La remarquable cohésion des différentes pièces dans le cadre de cette exposition tient à ce que l’artiste désigne comme un effet d’encyclopédie, soit l’aplanissement des images d’origine dans un même espace-temps et sur un même pied d’égalité. Plus encore, l’artiste conçoit les œuvres comme des vases communicants, conceptuellement et formellement vides ou pleines, la plupart ayant par ailleurs la possibilité réelle de contenir ou d’être contenues. Qu’il y a-t-il dans ces wagons de train, disposés au centre de la salle d’exposition ? Et dans ces colis, et dans ce panier ? Évidemment sans réponse, ce jeu d’imagination met en relief les narrations multiples qu’offre le fragment et expose l’hypothèse que tout ceci ne soit que des vanités, destinées à montrer leur propre vacuité et «la caducité de toute chose (2)».

Marie-Pier Bocquet
Coordonnatrice à la programmation

L'auteure remercie l'artiste pour sa générosité dans les échanges ayant précédés l'écriture de ce texte.

1 Roland BARTHES, Jouets, Mythologies, Paris, Éditions du Seuil, 2014[1957], p.63
2 Anne-Marie CHARBONNEAUX, Les vanités dans l’art contemporain, Paris, Éditions Flammarion, 2005, p.53.

 

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 Né en 1990 à Québec, Jean-Michel Leclerc travaille la mémoire, la présence et l’invisible par l’entremise de la sculpture, de la peinture et de l’art imprimé. Il est lauréat du prix Sylvie et Simon Blais en 2017 et recevait en 2012 le prix Robert-Wolfe et le prix Albert-Dumouchel pour la relève, en plus de représenter le Québec dans le cadre du concours BMO premières œuvres. Son travail se retrouve dans plusieurs collections de particuliers ou d’entreprises, notamment la collection d’œuvres d’art BMO. Jean-Michel Leclerc est détenteur d’un baccalauréat en arts visuels et médiatiques (UQAM). Il vit et travaille à Montréal, où il termine actuellement une maîtrise en arts visuels à l’Université Concordia.


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Crédit photo : DPM 

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